Vivre fraternellement malgré le virus

Le Seigneur de gloire révèle manifestement sa puissance éternelle et sa divinité par son œuvre créatrice ; Il a formé l’univers et l’a rempli de créatures, Il a fixé des limites à la nature et Il a commandé aux hommes de protéger sa création, afin de célébrer le Créateur..

Tropaire de la Protection de la création

Le 1er septembre marque pour nous, chrétiens orthodoxes, le début de l’année liturgique mais aussi le jour de la protection de la création. Cette date est maintenant pour tous les chrétiens la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, nous appelant à notre responsabilité individuelle mais aussi collective.

Dans les églises catholiques et protestantes, beaucoup agissent dans ce sens et de nombreuses actions sont regroupées sous le terme « d’église verte ». Un reportage sur France 2 « Chrétiens chlorophylles » (regarder la vidéo) en est une illustration. Les orthodoxes sont sans doute plus discrets mais ne restent pas insensibles à ce sujet, comme en témoignent les deux exemples suivants.

La paroisse Saint-Jacques de Quimper organise depuis 9 ans le premier samedi de septembre une marche méditative dans la nature avec la communauté de l’Arche qui applique les principes de Lanza del Vasto. Ce catholique disciple de Gandhi se donnait pour but de créer « au cœur des nations, des îlots de vie fraternelle » et d’ « opposer leur paix à l’agitation du monde ». Dès les années 1940, il alertait également sur la question écologique. Cette marche se termine par la célébration des vêpres orthodoxes du jour.

L’association « Les Amis de Solan » organise avec le Monastère de la Protection-de-la-Mère-de-Dieu fin août une journée autour de la sauvegarde de la Création, avec des offices, des témoignages, des conférences. Elle n’a pu avoir lieu cette année en raison de la pandémie.

Le 1er septembre coïncide également cette année avec la rentrée scolaire qui se fera dans des conditions particulières sans que l’on sache combien de temps cela durera. Les enfants sont sans doute plus enclins que nous à observer toutes ces consignes, certains le voient même comme un jeu et sans doute trouvent-ils d’autres moyens pour communiquer et garder le contact entre eux.

Dans nos communautés, nous allons devoir encore garder nos distances, ne plus nous embrasser, nous serrer dans les bras comme nous le faisions chaque dimanche, bien que nous partagions le corps du Christ. Mais les précautions nécessaires et indispensables ne doivent pas nous faire oublier que notre voisin, notre ami, le passant que l’on croise ne sont pas des ennemis mais nos frères. L’amour fraternel peut s’exprimer de bien des manières et les gestes barrières ne doivent pas constituer une barrière entre nous. Un sourire, une parole malgré le masque sont possibles. Porter le masque ne doit pas masquer notre humanité, ne doit pas nous empêcher d’aller vers celui qui souffre, qui est seul et peut-être angoissé. La joie, la fraternité, la compassion sont elles aussi contagieuses, ne l’oublions pas. Au sein de l’Icône Retrouvée, nous avons mis en place pendant le confinement un réseau d’entraide psychologique qui a permis d’apporter du réconfort aux personnes qui nous ont sollicités. Ce réseau continuera de fonctionner tant que cela restera nécessaire.

Le patriarche Bartholomée, dans son message de 2019 pour le nouvel an ecclésial, invite les chrétiens « à prier pour l’intégrité de la création ; à vivre de manière amicale avec l’environnement et le prochain dans toutes les dimensions de leur vie ; à lutter pour la protection de l’environnement naturel et pour la promotion de la paix et de la justice ; à proclamer une fois de plus la vérité qu’il n’y a pas de véritable progrès, lorsqu’on porte atteinte à la création « très bonne » et à l’être humain créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ».

Le sacrement du frère et la sauvegarde de la Création sont donc bien liés, comme nous l’affirmons modestement dans notre association. Faites-nous part de vos actions, individuelles ou paroissiales, pour enrichir notre réflexion et garder un lien entre nous. Je fais appel, en particulier, aux jeunes générations qui ne manquent pas d’idées. Certaines ne demandent pas de grands investissements, juste du temps et de la bonne volonté.

Pour terminer, je citerais François Ruffin, député insoumis qui, dans son livre Il est où le bonheur ? nous livre contre toute attente cette pensée spirituelle : « L’écologie réclame, avant tout, une révolution de l’imaginaire, de l’imaginaire politique, de l’imaginaire social, mais aussi de l’imaginaire personnel, intime. J’ajouterais presque, un bouleversement spirituel : qu’est-ce que le bonheur ? Et la réussite ? Et vivre ensemble ? C’est un changement de cap qui est réclamé et d’abord dans nos têtes : « ralentir plutôt qu’accélérer », « les liens plutôt que les biens ». »

Bonne rentrée à tous !!!

Hélène Lacaille