Le climat, une question d’humanité – Catherine Decaux

Manly, Australie, janvier 2015

2019 a été la deuxième année la plus chaude derrière 2016, et elle conclut la décennie la plus chaude jamais enregistrée. Les phénomènes climatiques se multiplient et s’amplifient entraînant des catastrophes pour les êtres vivants à l’instar des incendies en Australie qui ne sont pas éteints à l’heure où j’écris et dont il a été démontré que leur ampleur est liée au contexte d’intense sécheresse.

Mis à part une poignée de climatosceptiques, nul ne doute de la réalité des effets  de l’activité humaine analysés rapport après rapport par le GIEC[1] entre autres. Les populations les plus vulnérables sont les premières à subir les conséquences des dérèglements climatiques et les plus fortement touchées. La Banque mondiale a présenté des projections selon lesquelles 143 millions de personnes migreront d’ici à 2050 dans trois régions du monde, si aucune action n’est entreprise pour lutter contre le changement climatique . Je ne listerai pas ici la liste des impacts directs et indirects, ils sont innombrables.

Les rendez-vous internationaux sont-ils à la hauteur pour lutter contre le phénomène voire adapter les territoires ? Le point après la COP25 et à mi-parcours de la Convention citoyenne en France.

De COP en COP, un pas en avant deux pas en arrière

Les COP, ou Conférences des Parties, se tiennent chaque année depuis la signature de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992, et réunissent tous les Etats pour actualiser les efforts et mesures à adopter. La COP de 2015 qui a eu lieu à Paris a été emblématique car elle a permis la négociation de l’Accord de Paris sur le climat signé par 195 pays (sur les 197 au sein des Nations Unies). Ce dernier prévoit notamment de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C », fait référence au désinvestissement des énergies fossiles, et encore énonce l’objectif de la neutralité carbone. C’est important de rappeler cet Accord car il fixe des perspectives et les COP ultérieures en sont les prolongements.

L’enthousiasme n’aura malheureusement pas duré car depuis la COP21 elles ont manqué d’ambition, marquées par l’arrivée au pouvoir dans les pays très émetteurs, de présidents climatosceptiques.

Les articles analysant l’issue de la COP25 de Madrid ne manquent pas de qualificatifs négatifs « désastreux », « décevants », « à oublier », « sans ambition »… Comme attendu, les États-Unis, le Brésil et l’Australie ont tout fait pour saper la dynamique. Mais le plus gênant vient du Canada, du Japon, de la Chine et de l’Inde, qui n’ont pas été à la hauteur pour contrer ces pays. L’Union européenne, à elle seule, n’a pas réussi à faire basculer le leadership du côté de l’ambition.

Sur le plan technique, la COP a manqué de définir trois points sur lesquelles elle était attendue : les règles de mise en œuvre des marchés carbone internationaux volontaires, celles gouvernant au rapportage des efforts consentis par les pays (mécanismes de transparence) et à l’alignement de la durée de ces engagements[2].

Néanmoins cette COP aura été marquée par la mobilisation constante et croissante de représentants de la société civile qui fait dire à beaucoup d’analystes que leur intégration formelle parmi les parties prenantes des COP aux côtés des gouvernements pourrait favoriser une dynamique plus soutenue. Mais on n’en est pas encore là. Certes les Etats détiennent un rôle clé en matière de régulation, mais les collectivités, les entreprises et les citoyens sont les acteurs majeurs au service du climat et de toutes les questions environnementales qui y sont connectées.

La COP 2020 qui aura lieu à Glasgow, constitue une nouvelle chance pour infléchir la trajectoire car c’est l’année où les pays doivent présenter une copie revue de leur plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Avec l’aggravation du réchauffement et de ses impacts, la mobilisation de l’opinion ne devrait pas faiblir, de même que les pressions sur leurs gouvernements.

En France, que peut-on espérer de la Convention citoyenne ?

Mise en place en octobre 2019, elle a pour vocation de donner la parole aux citoyens et citoyennes pour accélérer la lutte contre le changement climatique. Elle a pour mandat de définir une série de mesures permettant d’atteindre une baisse d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 (par rapport à 1990) dans un esprit de justice sociale. Décidée par le Président de la République, elle réunit cent cinquante personnes, toutes tirées au sort. Le Président de la République s’est engagé à ce que ces propositions législatives et réglementaires soient soumises “sans filtre” soit à référendum, soit au vote du parlement, soit à application réglementaire directe. Trois garants veillent à la neutralité et à la sincérité des débats. L’organisation est assurée par le CESE, institution constitutionnellement indépendante.

Elle doit terminer ses travaux et rendre ses propositions en avril. Quatre sessions ont déjà eu lieu et on est donc à mi-parcours. Sur le fond, il faut attendre pour connaître la nature des propositions qui seront livrées, mais sur la forme, la confiance dans la suite de cet exercice se construit encore. Ce panorama n’est pas très réjouissant, pourtant la prise de conscience globale et les actions individuelles et collectives permettent de rester optimistes. En tant que chrétiens, nous devons d’autant plus nous sentir responsables en agissant au quotidien car il n’y a pas de petit geste ou de geste inutile. C’est une question de solidarité et d’amour envers nous-mêmes et envers les autres.

Catherine Decaux


[1] Groupe Intergouvernemental  sur l’Evolution du Climat

[2] COP 25 de Madrid : dernier coup de semonce avant l’heure de vérité pour l’Accord de Paris sur le climat, IDDRI décembre 2019

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