L’Icône Retrouvée – Père Nicolas Lacaille

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Père Nicolas Lacaille (1952 – 2013)

J’avais terminé cet article sur l’action auprès des plus pauvres. C’était un long plaidoyer, truffé de citations, pour l’engagement de notre Eglise, dans une action que ses adversaires appellent sociale, afin d’échapper, sans doute, à un engagement forcément délicat puisqu’il implique parfois de s’opposer, voire de désobéir… Voilà pourquoi le terme d’action asociale, qui n’est pas de moi, convient d’ailleurs certainement mieux, mais n’est guère plus rassurant ! Je m’apprêtais donc à livrer cet article à la rédaction de « Planète Saint Serge » mais, en écoutant la radio ce matin du 2 janvier 1998, j’entendis un journaliste rappeler les résultats d’un sondage. La réponse à une question dont la formulation m’échappe, montrait en tout cas que 40% des personnes interrogées doutent de l’existence de Dieu lorsqu’elles entendant parler de génocide. Sans parler de celles qui L’en rendent responsable.

On n’a pas dû leur expliquer ! Rendre Dieu responsable de toutes les misères des hommes ou démontrer Son « inexistence » par tous ces maux, n’est-il  pas la démonstration d’une irresponsabilité absolue ? Bien entendu, les réussites humaines ne peuvent être d’essence divine ! Elles ne démontrent pas l’existence de Dieu ni ne peuvent être imputées à sa Divine assistance !

Il m’est alors revenu en mémoire un souvenir à la fois pénible et doux. Il y a quelques années j’ai failli mourir. Vraiment, il s’en est fallu de très peu. Après une réanimation intensive, une équipe médicale m’a maintenu en vie ! Puis un professeur, Médecin-Chef des armées, s’est occupé de mon cas désespéré… Il a réussi… Du moins pourrait-on le formuler ainsi. Pourtant, un jour que je me trouvais dans son cabinet, je remarquai que la seule décoration, ornant les murs de son bureau, était un cadre assez somptueux soulignant la célèbre maxime calligraphiée en style médiéval sur un parchemin : « Je le pansai, Dieu le guérit ». Voyant mon étonnement il me dit : « Vous en doutez, Père ? ». Je m’étonnais seulement de la voir là, cette phrase en exergue dans le bureau d’un des plus savants techniciens du corps humains, militaire qui plus est. Lui, justement, dans sa position inconfortable de « guerrier-soignant », savait plus que tout autre discerner ce qui vient de l’Homme de ce qui vient du Seigneur… Ce médecin ne voit dans ses petites et grandes réussites journalières que la Miséricorde du Christ, il confie ses échecs au Seigneur, en cherche le pourquoi et travaille sans cesse à mieux comprendre… Il panse, il ne cesse de panser…

Et nous, qui reconnaissons l’existence de Dieu, qui la confessons, pensons-nous ? Pensons-nous que la misère du monde est la volonté divine ? Croyons-nous que la seule prière suffît à guérir, alliée au jeûne ? Ou sommes-nous prêts à reconnaître la faiblesse de l’Homme et de notre foi, collectivement ? A partir de là, sommes-nous prêts à aller de nos propres cœurs : soigner, panser, consoler, aimer comme le Christ les aime, les hommes victimes de l’Homme ?

Ils sont là, sous nos yeux, mais la plupart d’entre nous ne les voient ou ne veulent pas les voir ! Comme des icônes abandonnées, les pauvres, les gens de la rue, sans ressource ni logis, les prisonniers, les drogués, les prostituées, femmes, hommes, enfants aussi, les petits voleurs pour survivre, tous ceux qui n’ont rien, qui n’ont plus rien que leurs mains pour mendier, voler, que leur corps à vendre, ceux qui boivent et se droguent pour oublier qu’ils sont oubliés ! Chacun d’entre eux est une icône abandonnée !

Une sainte icône abandonnée dans le fond d’une cave ou d’un débarras sordide ! Oubliée, tombée dans l’indifférence. Elle est sale, encrassée de poussière grasse, boursouflée par l’humidité, trônant, ridicule, au milieu des immondices. Elle se confond avec son environnement, elle n’est rien de plus que les restes ou les objets usagés qui l’entourent… La Sainte Icône de Notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus-Christ a perdu sa Divine Lumière, son regard si doux n’a plus d’âme où se poser : Si le saint iconographe qui l’a écrite savait ce qu’il est advenu de sa prière ! Est-elle exclue pourtant ? A-t-elle cessé d’exister ? Le Christ a-t-il cessé d’être à cause de la négligence des fidèles ? Non, bien sûr ! Elle existe, le Christ est là sur l’icône ! Le regard voilé par la saleté déposée mais pleinement icône. Elle n’est pas exclue de l’Eglise, elle est exclue du cœur des hommes ! De leur prière, de leur amour, mais la Sainte Icône du Christ continue de donner la lumière, venue du fond de l’inexplicable, de l’Orient…

Un jour, un fidèle ouvre une porte, par curiosité ? Et entre dans cette pièce condamnée, il rougit… La honte, le chagrin lui font monter les larmes aux yeux, la colère aussi… Il prend l’icône avec respect, tendresse ; lui rend la lumière. Déjà le regard du Christ s’anime de nouveau et vient apaiser la peine du fidèle. Alors, il imbibe une cotonnade d’eau pure puis d’huile de qualité et, avec patience, il nettoie l’icône. Par petites surfaces, avec une infinie délicatesse, se souciant peu du temps qu’il y passera ni de la peine qui lui en coûtera.

Il faudra sans doute confier l’icône à un spécialiste, un restaurateur, afin de soigner les blessures infligées par l’indifférence plus que par l’humidité et la crasse. Tout ça ne sera pas gratuit, mais qu’importe, un jour la Sainte Icône du Christ retrouvera sa lumière, sa force, sa « mystagogie ».Alors  le fidèle organisera une fête durant laquelle elle sera solennellement remise à sa place afin qu’elle reprenne son véritable sens, que par essence elle n’a jamais perdu. Le fidèle placera une veilleuse devant la Sainte Icône du Seigneur, mémoire infaillible.

Pour moi, être au service des pauvres c’est ça. Retrouver une icône, celle du Christ, de notre Dieu et la rendre à l’amour des fidèles. C’est donc servir le Christ afin qu’il ne soit plus jamais renié, oublié ou pire… Accusé à cause de mon indifférence. Derrière l’indifférence de mon frère déchu, comme derrière mon propre péché, il y a l’icône du Christ, Il y a le Christ Lui-même à la fois Auteur et Sauveur de tout homme. C’est, je le crois, le devoir même de l’Eglise et donc de tout chrétien, comme le Seigneur l’a indiqué.

Pour terminer, puisque j’ai parlé d’icône et que la vénération des icônes est propre aux orthodoxes, je voudrais juste ajouter qu’en ce moment même des centaines d’orthodoxes (des milliers plus vraisemblablement, mais on ne peut le savoir puisque la plupart sont évidemment clandestins…) – de toutes origines et sans exception – sont en train de mendier, de « revendre » et/ou de se droguer, de voler et de se prostituer dans Paris et dans toutes les grandes métropoles régionales… (la voilà peut-être « l’Eglise Locale » !) Si vous avez du temps ou des moyens, contactez le journal ou appelez-moi directement… Merci.

Père Nicolas Lacaille

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